
Ingres, Portrait de Madame Louis-François Bertin, 1834, Musée du Louvre
Le site du New York Times est très bien fait, surtout car il permet de rechercher des articles par mots clés, ce qui est très efficace car la recherche du mot clé choisi se fait non seulement dans le titre des articles, mais aussi au sein de leur contenu. Par ailleurs, la recherche se fait par thème : art, business, voyage, technologie etc., mais aussi par date (un an, une semaine, un jour etc.), en ayant la possibilité de remonter jusqu’en 1851 (date de création du journal), mais aussi par auteur, ou encore par type de ressource, s’il s’agit d’un article, d’un blog, ou encore d’images multimédias. J’ai d’ailleurs trouvé cet article en recherchant de cette manière.
Le seul reproche qui peut être fait au site du New York Times est que l’article concerné est entouré de multiples publicités, attirant notre oeil, ce qui ne rend pas la lecture de l’article très agréable.
Cet article, écrit par le critique Michael Kimmelman, lors de l’exposition consacrée aux portraits d’Ingres au Metropolitan Museum of Art, nous parle de la vie d’Ingres, de sa vision de l’art, et surtout de la vision de son art, et comment il aurait aimé être considéré par le public.
L’article commence par évoquer les débuts de la carrière d’Ingres, lorsqu’il dessinait des portraits pour gagner de quoi vivre, ainsi que des portraits d’amis, mais dont l’auteur de l’article nous dit que l’artiste considérait cette activité comme une perte de temps, ce qui montre bien le but d’Ingres, qui était d’être un peintre reconnu et admiré par la critique. D’ailleurs, Michael Kimmelman explique à quel point Ingres voulait être reconnu en tant que peintre de sujets historiques, les portraits étant un genre inférieur ne lui convenaient donc pas. C’est d’ailleurs pourquoi l’auteur précise avec ironie que le peintre aurait été horrifié de savoir qu’une exposition était consacrée à ses portraits, et pas sur le reste de son oeuvre qu’il trouve bien plus valorisant. Cela révèle l’envie d’Ingres de ne pas s’écarter du chemin tracé par l’académisme et d’en faire partie, même si, avec son maitre Jacques-Louis David, tous deux ont apporté des innovations dans la représentation des différents genres picturaux.
L’auteur évoque ensuite le réalisme des portraits d’Ingres, en citant le dessin d’Ingres (ci-dessus) représentant Madame Bertin, qui est d’un réalisme presque indécent pour cette femme. Michael Kimmelman évoque ce que beaucoup disent sur l’oeuvre d’Ingres, qu’elle est parfaite, mais aussi qu’elle semble inhumaine, et il utilise une métaphore montrant le fait qu’Ingres semble toujours vouloir atteindre la perfection suprême, qui pour nous spectateurs est difficile à comprendre, notamment de nos jours, où l’art n’a plus besoin d’être figuratif pour être art. Mais l’auteur exprime par ailleurs le fait que selon lui, la « froideur » de son art est compensée dans certaines de ses oeuvres par un sentiment chaleureux se dégageant des portraits, lorsque le sujet ou la personne représentée lui étaient chers, ce qui est une approche intéressante de l’oeuvre d’Ingres, et il est vrai que nous pouvons remarquer un profond investissement d’Ingres dans son oeuvre.
L’auteur de l’article raconte ensuite quelle était la personnalité d’Ingres, et en quoi cela a influencé son oeuvre, en évoquant son caractère très colérique et impatient, ainsi que son obsession pour son art et l’envie de toujours monter plus haut dans l’échelle sociale et d’être publiquement reconnu. Mais l’auteur essaie aussi de trouver une touche de vulnérabilité dans l’oeuvre d’art, qu’il trouve dans le Portrait de Mademoiselle Jeanne-Suzanne-Catherine Gonin, réalisé en 1821. Cela montre bien la nécessité du public de trouver des aspects positifs à une personne dont ils admirent le travail, pensant qu’un « bon peintre » ne pourrait pas être désagréable, colérique et froid.
Pour finir, le critique parle de l’oeuvre d’Ingres dans sa postérité, en évoquant le fait qu’Ingres fut l’un des derniers représentants de l’académisme, et que certains ne l’appréciaient qu’en comparaison avec les innovations artistiques apportées par des peintres tels que Degas ou Cézanne.
Cet article offre une approche intéressante de l’oeuvre d’Ingres, en mettant en relation son caractère et son oeuvre, mais cela peut aussi être dangereux si l’on ne prend que cela en compte, car son oeuvre doit aussi être considérée indépendamment de l’artiste, pour ne pas que la personnalité de l’artiste n’influe trop sur l’analyse de ses oeuvres.
C.P.